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22/01/2006

Commentaires

esrelle

Très bonne interrogation ! Pour moi c'est une question de regard. Des yeux sont toujours beaux quand il y a une âme. La qualité passe dans leurs miroirs fluides.

flo

C'est intéressant que dans votre billet vous passiez de la motion de "signe distinctif" à celle de "posture-marque de fabrique". Il y a fabrication. La fabrication se fait autant par le regard des autres que par nous-mêmes. Nous intégrons ce regard, qui nous invite à faire devenir attributs de nous des postures, des gestes, des habitudes vestimentaires, que nous n'aurions peut-être pas sans cela constituées en signes partagés, extériorisés, spectacularisés. A travers ces petites incarnations sémiotiques, nous devenons ce qu'on nous fait être, dans un jeu complice souvent (car le regard "extérieur" voit qulque chose qui s'offre à lui et qui est déjà en nous ou sur nous, mais il en change les contours, il redimensionne et modélise). Mais parfois au contraire le "signe" est préfabriqué, voulu et calculé d'avance : eh bien ça ne marche pas. Justement, ça "fait genre", ça se dénonce, on voit la fabrication comme process. C'est le coup de la chemise de BHL par exemple. Du voulu pur sucre, pas du signe incarné. C'est paradoxal, pour que ce soit fort il faut que ce soit simultanément fabriqué et "spontané", extérieur mais issu d'un intérieur (même si c'est une intériorité fantasmée par le regard d'autrui). La chemise de BHL n'est pas riche.

Bon dans tout ça je ne suis pas sûre d'avoir répondu à la question. Mais mantenant que c'est écrit, eh bien je poste.

kate voralberg

Moi je porte du Valéry Zeitoun, allez donc lire ses commentaires. Enfin je n'en dis pas plus.

j.

> Esrelle

Hum. Rien de plus trompeur et d'impersonnel que les yeux. Ils ne sont souvent que le miroir - embelli - de ce que l'on déjà croire, imaginer ou penser. Mieux vaut se fier à d'autres langages plus prosaiques : celui des mots - spontanés ou non - et celui du corps - habillé ou non -.

[sourire les yeux fermés]

> Florence

Bien joué. Le signe distinctif est la marque d'un style spécifique. Un style abouti, authentique, non-travaillé parce qu'usé par le temps, non-réfléchi parce que traversé par des défauts que l'on finit par oublier de corriger. Un peu comme un bégaiement godardien qui, à force de ne rien dire, finirait par dire quelque chose.
La marque de fabrique est un calcul. Un sale petit calcul. Non pas une ligne de fuite mais une stratégie. Celle notamment de BHL qui est l'intrus de ce post.
J'ai d'ailleurs imaginé cet article comme est un appel à témoignages sur nos petits instants - peu glorieux - de BHLisation.

[sourire médiatique]

> Kate

VZfromAZ est hors-concours, vous le savez bien. Il y a bien un air de parenté avec le BHL. Je doute néanmoins qu'Arielle Dombasle ait des amies qui ressemblent à des stars Marc Dorcel. Quoique. Sinon, les commentaires chez VZ sont très dignes d'intérêt et naturellement, je les suis avec une certaine délectation.

[sourire d'un mec dans un film VMD]

flo

Reste à déterminer la frontière entre le signe distinctif et la marque de fabrique. En théorie et telle que vous l'expliquez, elle est nette. Dans la vie, on ne sait jamais trop à quel moment on entre dans tentation de la fabrication (ou de la récupération) de soi. Pour tout vous dire sans rien raconter, j'en ai, des signes de fabrique. Peu. Et peu visibles. Mais je ne suis pas sûre de la catégorie dans laquelle je dois les ranger. J'ai un peu de mal à les distinguer.

José

La veste en velours cotelé noir, dites-vous ? Et l'écharpe rouge, bien sûr... Devenue bordeaux, plus tard, ou noire...

Et ces poches, hantées par Rimbaud, Isidore Ducasse, Jacques Vaché et tant d'autres, qui en faisaient une salle des mots perdus...

Bien sûr, Jé. Nous expérimentâmes tour à tour l'uniforme du poète rêvé, la panoplie de l'écrivain fantasmé, le déguisement du chanteur adoré, l'attirail du révolutionnaire mythifié...

Il y eut la pipe à long col, la boyard maïs, le carnet à élastique, la fiasque d'alcool en métal, la barbe de trois jour, la braguette entr'ouverte,les lunettes rondes cerclées de fer, la casquette grise de combattant républicain espagnol...

Et bien sûr, le regard noir et l'air vague de ceux qui séduisent à coup sûr, sans un mot...

Qu'il est loin et délicieux, le temps de ces élégances millimétrées, de ces collages aussi signifiants qu'insignifiants.

Jé, vous le savez, je m'habille depuis des années comme un sac... Allez, on peut croire qu'il y a encore de l'affectation : ces Stan Smith éternelles, et ce Shatoush troué par les Marlboro, luxe suprême que tous croient être une serpillière, et qui me tient chaud jour et nuit.

Ça fait genre. Mais genre quoi ? Passé un certain âge, tout le monde s'en fout. Moi le premier.;)

j.

> Jo

Et si tout ce bordel, toutes ces vies successives, ça faisait JF ? Tout simplement.

A force d'expérimenter, de perdre, de recommencer, de passer à autre chose, peut-être que l'on finit par oublier d'y penser. Et finalement, par se trouver.

> Flo

Nul besoin de confidences. Après tout, nous sommes ici pour de faux.

Et puis, plein d'inconnus, d'anonymes viennent par ici. Sans jamais se révéler.

Gardez donc, si vous le souhaitez, vos frontières et vos secrets pour vous. Puisque vous ne l'êtes pas. Anonyme.

sancho

La note est intéressante en ce qu'elle met l'accent sur un mal qui a ravagé les "intellectuels" du XXè siècle et explique en partie la pauvreté actuelle de la pensée. Les penseurs ont tout bonnement cessé de penser pour se contenter de marquer leur différence. Deleuze n'avait pas seulement des signes vestimentaires distinctifs, ce qui n'est pas très grave, mais un style, une ligne d'écriture, pratiquement au sens du marketing, ce qui est beaucoup plus embêtant pour un philosophe. C'est pareil pour Derrida : progressivement, il n'a plus fait que "du Derrida". La marque déposée a gagné l'écriture. Pour Lacan, ce marketing de soi a atteint les sommets du ridicule (ce qui n'était pas le cas chez Derrida). Dans ce mouvement, la pensée philosophique s'est vue totalement émasculée. Aujourd'hui, nous n'avons plus que des bavards. Je plaide, quant à moi pour une disparition de la figure de l'intellectuel, pour un renouveau de la figure du citoyen parfaitement et suffisamment pourvu d'intellect, en mesure de comprendre le monde et le sens des changements en cours. Nous n'avons plus besoin de donneurs de leçons. Je propose sur mon blog une idée : constituer des assemblées de vie citoyenne pour souder et relier les Hommes autour des nouvelles tâches de la vie. Je n'ai eu aucun écho sur la Toile, cela me déçoit un peu, particulièrement en ce qui concerne les freemen (il me semblait pourtant que c'était un terrain propice pour l'écho). Sur le terrain, je ne me décourage pas, j'ai commencé au niveau de mon lycée et de ma ville. Sur le terrain concret de la vie, il se trouve qu'il y a de l'écho.

flo

Ah bon ? Vous êtes sûr Sancho ? Les penseurs du XXe ont arrêté de penser ? La pensée philosophique s'est "émasculée", dans un implicite mais non moins brillant parallèle entre la force des testicules et celle du cerveau ? Mon Dieu, c'est affreux. Vous m'effrayez. Lisez Annah Arendt, cela vous consolera. Ou Naomi Klein, sur un registre différent. :)

NGK

Comme ça fait plaisir de retrouver ce sourire-là ! Il me manque; il manque tout court...

Melanchalys

Je porte des lennon?

Je porte des talons?

je porte pas de culottes meme quand je me ballade à beaubourg?

MDR.

j'évite de me prendre au sérieux juste...

bizz

caluna

je sais pas si j'ai mal compris la question mais j'avais envie de répondre que pour moi les signes extérieurs de richesse(s) se retrouvent chez ceux qui n'ont rien à prouver ni ne mettent en avant un quelconque "signe extérieur de richesse" (du moins ceux suggérés par la norme).
La richesse intérieure ne se voit pas je pense (ne serait-ce que par définition), elle se devine ou elle se sent.
voilà. au cas où ça intéresse quelqu'un. sinon c'est pas grave
bonne continuation à toutes et tous

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